• Voici le récit d'Anne qui a traversé le douloureux chemin de la bipolarité. Elle s'en est sortie et nous apporte son témoignage sur cette maladie, son parcours, afin que tous ceux qui doivent affronter cette épreuve se sentent moins seuls. Ce récit, d'une grande qualité littéraire, avec des images concrètes pour exprimer la souffrance,  peut aussi servir à mieux comprendre la maladie de l'intérieur, soutenir les familles, les proches et également apporter un éclairage singulier aux soignants. Il devrait être lu par tous ceux qui se destinent à aider les autres dans le domaine de la psychologie ou de la psychiatrie. Assez succinct, très bien écrit, comportant une pointe d'humour, il se lit avec une grande fluidité.

    Les détenteurs de ce blog remercient Anne pour sa confiance et sa générosité, puisqu'elle a accepté de partager son vécu pour aider tout le monde et forger une société plus solidaire, qui juge moins l'autre, pour mieux le comprendre. Il est important que notre société se remette en question face aux préjugés féroces dans le domaine de la maladie mentale, fortement véhiculés par les médias de façon implicite. Ce sont des témoignages comme celui-ci qui permettent de "remettre les pendules à l'heure".

    On pourra se rendre compte à la lecture de ce récit de vie que les personnes qui souffrent de bipolarité sont des êtres sensibles, en quête d'amour, intelligents, émotifs, émouvants  et tellement dignes d'être aimés et accompagnés dans ce cheminement parfois si difficile.

     

    KO par chaos (aléas psychotiques) par Anne: récit d'une expérience personnelle

     

     

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  • Anne, une lectrice du blog, nous fait part de son expérience en expliquant, de son point de vue ce que peut apporter l'expérience de la maladie psychique.

     

    Voici son témoignage:

     

    ll me semble que ce que peuvent apporter les personnes psychotiques se situe sur le plan existentiel.

    C'est un peu comme ce que pourrait apporter comme expérience celle d'un naufragé sur une île hostile et qui y serait resté longtemps au point de devoir gérer la peur, la solitude, le milieu hostile et comment survivre. C'est une expérience extrême et AUCUN vernis mondain ne résiste à la psychose. Un (e) psychotique ne peut pas voir le monde de la même manière que les personnes solides. Par exemple, après les crises, quand je parviens à mettre une lessive en route ou à assurer les courses et les repas, j'ai l'impression d'avoir grimpé l'Everest et j'en suis très contente...
    Je crois que nous pouvons être d'une grande aide pour amener les gens à distinguer ce qui est futile de ce qui ne l'est pas.
     
    Si j'avais un message à faire passer, je dirais:
    -Ne pensez pas exclusivement à ce qui est matériel comme vous le suggère sans arrêt la société de consommation, soyez curieux et tout comme les micros qui sont mis sous la bouche des voyageurs de l'extrême (navigateurs) à leur retour,tendez l'oreille à ces voyageurs forcés de l'extrême que sont les malades psychiques. Ils ont navigué douloureusement dans le chaos et ont des choses à dire sur la condition humaine".
     
     
     
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  • Les rédacteurs de ce blog tiennent à remercier chaleureusement Anne pour son témoignage concernant les rapports de l'Eglise à la maladie psychique (du moins dans sa paroisse), les souffrances que cela peut engendrer, quand la personne n'est pas accueillie à bras ouverts et sans préjugés. Il ne s'agit pas de jeter la pierre sur qui que ce soit, mais de faire entendre la souffrance et de faire comprendre que les personnes qui souffrent de troubles psychiques ont besoin de soutien et de compréhension, que chacun jette ses préjugés pour écouter l'autre, l'aimer et le soutenir. N'est-ce pas le rôle de l'Eglise?

     

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    Voici le témoignage d'Anne:

     

     

    "Entre les crises, ce qui est le plus dur pour moi est ce rejet à peine  voilé de l'Eglise que j'éprouve .Celui-ci n'est pas de la paranoïa, mon mari peut en témoigner car il  trouve cela injuste et anti-évangélique. J'ai moins de difficultés avec le monde profane car le fait que je  sois en invalidité n'est pas marqué sur mon front et j'ai la chance de pouvoir cacher totalement mon handicap (à part  peut-être les tremblements dus aux médicaments).


    Je vais en hôpital de jour une fois par semaine et là, je suis bien  accueillie. Entre les crises, je n'ai plus de symptômes psychotiques mais je me  déplace dans la vie comme une funambule à l'équilibre précaire. J'avoue que c'est parfois usant. En-dessous de mon "fil", c'est le  gouffre de la désintégration psychique. Les chutes me coûtent très  très cher en souffrance.
    La plupart des gens, ont a leur disposition une passerelle bien  solide avec des barrières de chaque côté pour traverser la vie, ils  sont protégés de la chute dans le gouffre du chaos psychique. Bien sûr, cela ne leur épargne pas de grandes  souffrances parfois mais celles-ci sont d'une autre nature.


    Grande est la méconnaissance de ces réalités et quand vous êtes  "psychotique-funambule" dans la vie, ça ne se voit pas forcément.Quand vous essayez de l'expliquer, vous avez l'impression de parler  chinois. Ce n'est pas forcément de la mauvaise volonté de la part de  l'interlocuteur, c'est un manque d'information générale qui induit de  façon indubitable que tout le monde se déplace sur des solides passerelles.

    Comment faire pour que l'Eglise (surtout en Europe) reconnaisse que,  les malades psychiques qui ont vécu des expériences de souffrance  extrême et qui se battent  comme il peuvent, avec l'aide médicale, ont aussi  besoin de soutien spirituel, fraternel, communautaire, tout comme les  personnes solides mentalement?


    Déjà, ne pas répondre à la personne qui vient se confier: "voyez avec votre psychologue, je ne peux rien faire pour vous." Combien de prêtres m'ont répondu cela!


    J'ai alors essayé d'édulcorer en ne parlant pas de mes tentatives de  suicide ou de mes séances d'électrochocs et de contention. La relation était alors biaisée et c'est moi qui ne souhaitais pas la  poursuivre.Ne faudrait-il pas que les prêtres soient informés mais aussi qu'ils  deviennent plus adultes, plus mûrs humainement et dans leur foi, à  savoir, qu'ils cessent l'attitude qui consiste à dire "Cachez cette souffrance  étrange que je ne saurais voir"?


    Notre exemple de foi par excellence est la Vierge Marie. L'Amour de  son fils a été plus fort que la vision d'horreur de sa crucifixion: elle est restée au pied de la Croix! Tout cela pour dire qu'il faut arrêter  d'être des chrétiens qui se débinent face à la souffrance de l'autre  et qui font de belles homélies sur l'amour du prochain, j'ajouterai "tant qu'il ne sort pas trop de la norme".

    Si vous entreprenez le pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle  par exemple, il est fort à parier qu'au retour dans votre paroisse,on sera très curieux de savoir comment il s'est déroulé et c'est bien  normal:
    -As tu vu de beaux paysages?
    -As tu changé spirituellement?
    -As-tu eu des moments de découragement?
    -Les ampoules aux pieds ne t'ont-elle pas trop fait souffrir?
    Raconte-nous, raconte-nous...

    Il n'en va absolument pas de même quand on fait hélas un pèlerinage  forcé dans l'antre de la désintégration psychique. L'accueil (dans ma paroisse du moins), n'est pas le même. C'est comme  si je m'étais parfumée au purin.

    Si je pouvais écrire aux prêtres, je leur écrirais:

    "N'ayez pas peur!  nous ne vous demandons pas de faire auprès de nous le travail de l'équipe médicale. Pour reprendre la comparaison des  funambules que nous sommes par rapport à vous qui évoluez sur de  solides passerelles, nous ne vous demandons pas de venir avec nous sur notre fil. Nous vous  demandons juste de nous donner la main de temps à autre, de nous  écouter, voire d'être curieux de connaître notre vécu, de nous donner le réconfort de frères  chrétiens, signe de l'Amour du Christ lui-même.
    Puissiez-vous également ne pas nous considérer comme des pauvres  personnes à aider mais comme des êtres que la souffrance a buriné et qui ont appris beaucoup de cela sur le plan existentiel et spirituel. Il y  a donc un échange à rechercher.

    ANNE"

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  • N'ayant jamais vécu de délire moi-même, je me suis souvent questionnée sur cette notion caractéristique d'un des symptômes de la schizophrénie, même s'il ne survient pas que dans cette maladie. Comment l'appréhender lorsqu'on est quelqu'un d'extérieur et qu'une personne la vit? Est-ce que ce qu'on nous raconte est suffisant? J'ai eu la chance de pouvoir croiser plusieurs témoignages à ce sujet, que je voulais faire partager, afin de permettre à tous de comprendre le mystère qui se cache derrière ce que j'appellerai au départ une décompensation, c'est-à-dire l'expression d'émotions refoulées qui surgissent dans une avalanche d'images dans un moment qui est parfois confondu au départ, avec l'extase.

     

    Comment différencier le délire de l'expérience mystique?

    -en essayant de voir l'effet que le récit produit sur les autres. L'énergie est-elle positive ou destructrice pour l'entourage? Le récit semble-t-il réel ou illusoire?

    -la personne qui vit le délire peut très bien s'en rendre compte, après analyse. Les gens qui subissent ces expériences ne sont pas inconscients de tout ce qu'ils font. Parfois, il faut du recul, laisser passer un bon mois.

    -Lorsqu'on ressent la grâce, la conscience est intègre, on n'est blessé par rien, cela élève alors que le délire abaisse à terre. Il humilie la personne ou l'entourage à un moment ou à un autre.

    -Au moment du délire, on peut avoir l'impression d' une sorte de pouvoir, d'être quelqu'un de supérieur,en dehors du monde.

    -Le délire peut être perçu comme une compensation entre une impuissance et un désir de toute puissance.

     -Lors d'un délire, on peut ressentir des émotions négatives comme l'hostilité des autres et la difficulté de la vie, de gagner
    sa vie. On peut s'apercevoir qu'on est à la dérive, que le chemin que l'on prend n'est pas le bon.

    -Le délire est douloureux. On s'envole à de grandes hauteurs et ensuite, on peut avoir l'impression d'être précipité sur le sol pour donner une image. Plus on a été haut, plus la chute est violente.

     

    Il est important cependant de dire qu'il existe probablement plusieurs formes de délire et que cette liste n'est donc pas exhaustive.

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  • Je tiens à préciser que mon témoignage n'a en rien pour but d'atteindre une vérité absolue et incontestable. Il peut même être sujet à débat. Si j'ai décidé de le livrer, c'est parce que j'aurai aimé parfois lire autre chose sur les forums que la réponse des médecins: si cela ne va pas, allez consulter votre psychiatre. L'entourage peut être démuni face à la maladie mentale et il a besoin de conseils concrets, de pistes, d'échanges. Quand on met un pied dans l'engrenage psychiatrique, on découvre aussi parfois des choses pas très belles, le sentiment que le malade et l'entourage est forcé de répondre à des injonctions qui ne sont pas toujours fondées. La philosophie, la religion m'ont permis de trouver quelques clés au quotidien, mais le chemin reste encore long...

     

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    Je pense que les neuroleptiques soulagent un peu la douleur. Ils permettent de contenir en partie les émotions négatives qui se déchaînent pour réagir à une attaque extérieure ou à un conflit intérieur chez le malade. Le problème, c'est que ce n'est pas en anesthésiant les gens tout le temps qu'on leur permet de régler les problèmes de fond. On les soulage à court terme, mais aucun travail profond. Pourquoi le corps exprime une souffrance? Qu'est-ce qui a déclenché une alerte corporelle? Un signal rouge? Le mal est toujours là. Les neuroleptiques ne déracinent rien, ils retirent la surface du mal.  On se repose trop là-dessus dans notre société occidentale très rationnelle qui laisse peu de places aux émotions, à l'imprévisible, à ce qui se construit sur du long terme: la capacité aussi à changer de mauvais fonctionnements dans son rapport à soi et aux autres. Peu de recherches sont faites par ailleurs pour définir la maladie mentale et les raisons de son déclenchement: on s'en réfère souvent à des causes génétiques, on dit que l'environnement peut être un facteur déclenchant, mais tout est toujours bien vague. Pourquoi ne mettrait-on pas en place des ateliers de gestion des émotions, de méditation dans les hôpitaux? Comment se fait-il que la seule idole reste les médicaments? Un peu facile de ne se reposer que sur une béquille, sans traiter le problème de fond, ce qui a pu déclencher un dérèglement de tous les sens, une "explosion" intérieure sous forme de délire ou d'hallucinations.


     

    L'autre jour, en écoutant une émission de radio  sur la schizophrénie, j'ai été déçue par son contenu qui répète ce que j'ai déjà entendu ou lu mille fois: quand ça ne va pas, parlez-en à votre médecin. Quand on  connaît la maltraitance que subissent certains malades en hôpital psychiatrique, on a du mal à faire confiance à ce système. Les témoignages abondent en ce sens. Du coup, je cherche par moi-même et j'essaie de trouver des solutions. La philosophie, à cet égard, m'a vraiment aidée, c'est pourquoi un onglet y est consacré sur ce blog. Je trouve aussi que le domaine de la psychiatrie exige un travail sur soi. On n'aide personne, si nous-mêmes on n'est pas exemplaire ou on tend à s'améliorer, se corriger. C'est mon expérience qui me l'a appris. Lu nulle part...On a trop tendance à tout mettre sur le dos de la personne malade. Je sais qu'il faut faire très attention à ce travers. Pourtant, ce sont des conseils simples qui n'exigent pas des moyens incroyables. C'est peut-être pour cela que les gens ne veulent pas trop travailler dans cette branche (les infirmiers volontaires en psychiatrie ne courent pas les rues. D'ailleurs, la spécialité a disparu!), car cela exige une remise en question de chaque instant. Ce n'est pas un travail confortable, mais ardu. Ceux qui le font bien, méritent à cet égard des honneurs. A chaque fois que la personne en face me semble en crise , je sors absolument épuisée par ce que j'ai pu vivre, tant cela me remue émotionnellement. C'est un vrai combat où il faut tenter de faire régner le juste et de ne pas se laisser emporter par ses propres émotions négatives (la colère, le ressentiment, la haine). Un combat aussi sur soi...

    Ce qui me fait dire que l'entourage ne peut pas simplement se reposer sur un système, il doit lui-même oeuvrer au retour à un équilibre.

    Croire que les malades sont les seuls coupables de ce séisme qui les bouleverse me paraît être une erreur. Quand certaines personnes sont touchées par un tremblement de terre, elles n'en sont pas responsables. Elles doivent affronter un phénomène naturel. Là où la responsabilité intervient, là où la personne doit pouvoir répondre de ses actes , c'est sur les actions qu'elle met en place par la suite pour essayer se reconstruire- quand elle en a la force et la volonté et qu'elle ne tombe pas dans l'acrasie-. Mais là encore, la société a un rôle à jouer pour permettre à tous de faire face à ce séisme intérieur, sans montrer du doigt quelques poignées de personnes qui seraient jugées coupables d'un malheur qui nous atteint tous. La solidarité reste encore un moyen efficace de lutter contre la souffrance.

     

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