• Que penser des neuroleptiques? (Extrait d'Olivier Clerc, Le TIGRE et l'ARAIGNEE)

    Cet essai d'Olivier Clerc, intitulé LE TIGRE et L'ARAIGNEE, tente d'expliquer les différents types de violence à l'oeuvre dans la société. Les violences manifestes, d'une part, comme celle du Tigre et celles plus sournoises, d'autre part, cachées, à l'image de l'Araignée qui tisse sa toile pour mieux emprisonner sa victime. Olivier Clerc met en évidence la violence qu'il peut y avoir parfois à forcer les gens à prendre des neuroleptiques. Bien sûr, ses remarques ne doivent pas pousser les malades à abandonner ce soin, mais simplement à mettre des mots sur ce qui, dans certains cas, peut être assimilé à une prise de pouvoir par la force.

     

    "En psychiatrie, plusieurs procédés utilisés à l'encontre des malades mentaux, des "fous" comme on disait autrefois, relèvent de la violence de l'Araignée. C'était certainement le cas de ces cages dans lesquelles on enfermait autrefois certains d'entre eux, ainsi que divers procédés utilisés pour limiter, contraindre, bloquer ou enfermer ces malades (ex: la camisole). Dans quelle mesure et dans quels cas ces moyens doivent ou non être considérés comme arachnéens? C'est ce que nous avons vu dans la parenthèse: "C'est la dose qui fait le poison."

      Dans cette section, nous nous arrêterons sur un traitement réalisé en psychiatrie, dont la dimension arachnéenne est dénoncée par de nombreux psychiatres renommés: les neuroleptiques, souvent qualifiés d'ailleurs de "camisoles chimiques". En effet, si la camisole de force empêchait le malade de bouger, les neuroleptiques, eux, aujourd'hui, le soumettent à une contrainte similaire, sauf qu'elle s'exerce directement de l'intérieur, par l'effet de substances chimiques qui agissent sur son cerveau et inhibent son comportement.

      Voici ce que dit l'un des plus actifs opposants à l'usage de ces substances, le Dr Lars Martensson, dans un article intitulé Le Sens de la vie effacée , dont nous reproduisons ci-dessous des extraits:

    "Le premier effet des neuroleptiques est l'indifférence physique. Celle-ci se manifeste par un "effet sédatif spécifique". Je suis éveillé mais passif. Je conserve encore globalement mes idées, mes valeurs, mes loyautés, mais seulement de façon passive, car je ne suis plus capable d'affirmer mes convictions, de les ressentir, de les préserver ou de les développer. [...]

    Le patient devient calme et passif. On considère cela en psychiatrie comme une "amélioration". Mais en réalité, l'apathie des patients reflète simplement le fait que les fonctions supérieures du cerveau ont été plus ou moins paralysées."

    Aux dires de leurs opposants, les neuroleptiques ne guérissent pas les malades auxquels ils sont administrés. Ils viseraient davantage le confort de ceux qui les entourent que le bien-être de ceux qui les prennent.Ils ont en outre de nombreux effets secondaires indésirables. De plus, sevrer un malade des neuroleptiques s'avère extrêmement difficile et certains malades ont beaucoup de mal à se remettre de ces traitements."

     

    Extrait du TIGRE ET DE L'ARAIGNEE, chapitre 7"Lumières sur quelques toiles", d'Olivier Clerc.

     

    En conclusion, l'auteur introduit une idée intéressante. Pour lui, le procédé devient arachnéen lorsqu'il s'agit de contraindre et de limiter pour détruire les facultés humaines de l'individu, afin qu'il laisse tranquille son entourage. Si en revanche l'intention est bonne, les résultats sont reconnus et acceptés par le patient, c'est qu'ils sont bénéfiques. Le procédé n'est alors plus à considérer comme arachnéen.

     

     

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