• Les maux de l'âme- Jésus ou la brûlure du Verbe

    Dans cet article du MONDE DES RELIGIONS, la journaliste met en valeur le pouvoir du Verbe de Jésus. Il s'agit d'un extrait de l'article.

     

     

    Leili Anvar, écrivaine. Docteur en littérature, maître de conférences aux Langues O’ (Inalco), auteure du Cantique des oiseaux d’Attâr (Diane de Selliers, 2012).

       D’où vient que je ne me lasse jamais de lire et de relire les Évangiles, canoniques ou apocryphes ? D’où vient le caractère inépuisable de ces récits, de ces paroles qui fécondent chaque jour de nouvelles interprétations ? D’où vient cette émotion, cette commotion, parfois, face au Verbe qui se fait chair dans la lecture ? Quelle est cette étrange alchimie ? « Notre cœur, se disent les deux disciples d’Emmaüs après avoir parlé, sans le savoir, au Christ ressuscité, notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? » (Luc 24, 32). Il me semble que c’est, chaque fois, ce même processus qui est à l’œuvre. Parcourir les Évangiles, que l’on soit chrétien ou pas, et même croyant ou incroyant, c’est faire un bout de chemin avec le Christ. Et brûler. Car la parole, ici, se fait Présence, et consume les voiles de l’ignorance pour ne laisser place qu’à une lumière irradiante. Ça brûle. Je ne trouve pas d’autre mot pour dire cette expérience. « Notre cœur était tout brûlant au-dedans de nous », c’est-à-dire au plus intime de soi, là où règnent habituellement les ténèbres de l’inconscient. Et voilà que soudain, le flambeau du Verbe éclaire les profondeurs et, ce faisant, amorce le processus de guérison intérieure. Car Jésus est avant tout un médecin de l’âme. Un seul mot de lui peut guérir des plus graves maladies, et même de la mort : « Seigneur, dis seulement un mot et il sera guéri » (Matthieu 8, 5-10) ; il appose les mains sur les yeux des aveugles pour qu’ils voient ; il suffit que la femme hémorroïsse prenne la frange de son manteau pour qu’elle cesse de saigner ; il se rend au chevet de la petite fille et elle revient du sommeil de la mort ; la simple affirmation de sa volonté « purifie » les lépreux…
    Mon propos n’est pas ici de savoir si le Jésus historique a réellement guéri les corps de manière miraculeuse ou pas. Ce qui m’importe, c’est ce que ces récits nous disent des maladies de l’âme et du processus de guérison spirituelle. Les maux de l’âme sont les diverses formes que prend notre ignorance : aveuglement, surdité, paralysie, hémorragie, mort. Le péché n’est rien d’autre que le consentement à être infidèle et étranger à sa nature profonde, de s’éloigner de soi, du Verbe, du vrai. Cela est le seul vrai mal, la seule véritable mort.

    [...]

    La force des textes évangéliques vient de ce qu’ils font revenir « le Bien parmi nous ». Ils rendent palpable la conjonction du Verbe et de la Présence dans la figure du Christ, deux mille ans après son avènement. Pour peu, évidemment, que l’on accepte de s’abandonner afin que la rencontre puisse avoir lieu. La rencontre entre le Verbe et la foi, car à ceux qu’il guérit, le Nazaréen ne manque pas de rappeler que c’est « leur foi qui les a sauvés ».
    La rencontre entre le fils de l’Homme et soi, puisque :
    C’est à l’intérieur de vous
    qu’est le fils de l’Homme ;
    allez à Lui :
    ceux qui Le cherchent Le trouvent.
    (Évangile de Marie 8, 19-22)

     

     

     

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