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    Commentaire de la citation

    La souffrance nous met à nu et permet à l'être humain d'être en contact avec le plus profond de lui-même. L'homme souffrant peut alors suite à cette expérience sortir grandi, car il aura été obligé d'échapper aux vanités. Il lui aura fallu se dévêtir de toutes les apparences, sortir de toutes les impasses, pour entrer en lui-même, malgré le regard des autres, malgré les difficultés pour aller vers l'essentiel.

     

     

    Lien vers le site d'un psychiatre

    http://schizofred.blogspot.fr/2013/06/la-souffrance-psychique-cet-outil.html

     

    Et une belle chanson pour accompagner cette citation:

     

     

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  • La société de la fatigue- Buyung Chul Han - DépressionBuyung Chul Han (penseur allemand)

     

    Par manque de repos notre civilisation court à une nouvelle barbarie. Buyung Chul Han

    S'inspirant des travaux d'Alain Ehrenberg dans La Fatigue d'être soi, mais aussi de ceux de Foucault et de Baudrillard, la nouvelle figure de proue de la philosophie allemande, Buyung Chul Han - qui a fait des études de métallurgie en Corée du Sud avant de s'imposer dans les facultés d'Outre-Rhin- oppose l'ancienne société disciplinaire à la nouvelle société de la performance. Le constat n'est pas nouveau, mais le mérite est d'analyser la question du point de vue de ses revers: burn-out, déficit de l'attention, épuisement, dépression. La barbarie, dénoncée dans la citation, renvoie à ce qui n'est pas civilisé,  à la cruauté, l'oppression, la tyrannie liés à cet accroissement de performance -exigé par le monde du travail- dans lequel l'être humain est pressé comme un citron et ne parvient plus à respirer intellectuellement et sentimentalement. Nous en viendrions presque à faire l'éloge de la paresse...

     

    L'excès d'accroissement des performances mène à un infarctus de l'âme. Buyung Chul Han

    Un infarctus est produit par une lésion de certains organes en raison d'une insuffisance ou de la suppression totale de l'irrigation sanguine. Dans cette citation, c'est l'âme qui n'est plus nourrie, qui étouffe, qui n'est plus irriguée par les sentiments et la pensée, étouffée par l'excès de performance. Cela conduit au burn-out, à la dépression, à un déséquilibre intérieur. Prendre son temps, fuir l'angoisse, pratiquer la méditation peuvent éviter d'en arriver à cet "infarctus de l'âme".

     

     

    Bibliographie

    Philosophie Magazine, Février 2015 N°86, p.14

    La société de la fatigue, Buyung Chul Han, Circé, 2014.

    La Fatigue d'être soi, Alain Ehrenberg, Odile Jacob, 1998.

     

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  •       Car le bonheur seul est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.

    Marcel Proust Le Temps retrouvé

    Armand Guillaumin (peintre impressionniste)

          Marcel Proust explique dans Le Temps retrouvé   que seul l'art et en particulier la littérature lui ont permis d'avoir accès à l'éternité: "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature". Cet art littéraire a permis à Marcel Proust atteint d'un mal profond, d'une maladie respiratoire dont il n'est jamais vraiment sorti, de communier avec l'essence de son être, touchant l'éternité. Mais comme il l'explique la douleur, la souffrance de la maladie l'ont forcé à travailler sur lui, pour toucher son véritable moi: "acceptons le mal physique qu'il nous donne, par la connaissance spirituelle qu'il nous apporte".  Et il poursuit: "L'imagination, la pensée peuvent être des machines admirables en soi, mais elles peuvent être inertes. La souffrance alors les met en marche."

          Cette douleur permet d'arracher les mauvaises herbes de l'habitude, du scepticisme, de l'indifférence, de l'égoïsme et de l'amour-propre. Les idées changent alors la souffrance en joie: "Les idées sont des succédanés des chagrins; au moment où ceux-ci se changent en idées, ils perdent une partie de leur action nocive sur notre cœur, et même, au premier instant, la transformation elle-même dégage subitement de la joie."

         Ainsi, mettre les bons mots sur des situations douloureuses possède des vertus curatives: on ne souffre plus de la situation, on en sort. Analyser les chagrins qui nous assaillent avec intelligence est salutaire. Savoir dire le monde, être capable d'en atteindre la justesse par le Verbe, c'est sortir de l'ignorance dans laquelle on se trouve et accéder à l'éternité. Ce n'est plus le temps des egos, temps perdu, temps capricieux et aléatoire qui se profile devant nous, temps des gens du monde, des oisifs si longuement décrits dans l'œuvre de Proust, mais un temps infini, celui où l'âme est connectée à son essence. Si les bouddhistes touchent à la nature fondamentale de l'esprit par la méditation, les artistes, et Proust en particulier y accèdent par l'art. Il existe plusieurs chemins pour arriver au même but: toucher l'éternité.

        En conclusion, ces citations évoquant la douleur comme un moyen de progresser, d'avoir accès à une réalité plus profonde, plus essentielle, peuvent finalement rassurer ceux qui sont malades ou l'ont été. Bien sûr, en sortir, c'est être capable d'écouter cette petite voix divine ou cette part de nous restée enfouie et qui ne demande qu'à jaillir. Comme l'explique Proust dans la citation liminaire, le chagrin a des vertus: il permet de devenir plus fort spirituellement. C'est une première consolation. Combattre la maladie, le Mal qui nous étreint n'est possible qu'en se connectant à notre vrai moi, qu'en apportant un peu plus de lumière intérieure à notre âme, par le biais de l'intelligence qui rend toute sensation plus claire- en sachant cependant que le jaillissement de l'émotion positive précède son explication-. Voilà la leçon que Proust nous offre à travers le récit de ses observations et de son expérience, exprimé dans ce "roman vrai" comme le nomme Jean-François Revel, "cette autobiographie créatrice", "ce long roman d'introspection".

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  • Le mot "folie" est riche de sens, il revêt des significations très variées. S'interroger sur son contenu sémantique est une véritable richesse pour en comprendre la diversité des usages.

    Citations sur la folie commentées

    "La raison, c'est la folie du plus fort. La raison du plus fort, c'est de la folie". Eugène Ionesco- Journal en miettes.

    On a assez souvent le sentiment que ce qu'on nomme le raisonnable a un rapport à la norme assez fort, comme si tout ce qui sortait des sentiers battus était folie. On impose cette norme au plus grand nombre et ceux qui cherchent à y  échapper sont traités de fous et peuvent être enfermés ou mis au ban de la société, voire humiliés par la masse. Et comme le disait La Fontaine dans le prélude de sa fable "Le Loup et l'agneau": "La raison du plus fort est toujours la meilleure." Les fous sont désignés ainsi par le groupe majoritaire des bien-pensants se donnant le droit de se sentir  supérieur à la minorité des marginaux, des vagabonds de la raison. Mais qui sont les plus fous?

    "Folie: désertion de l'intérieur." Pierre Véron-Le Carnaval du dictionnaire

    Lorsqu'on aborde le mot "folie" en terme de destruction, de vide, d'anéantissement et de coupure avec l'élan vital, l'âme et l'esprit, alors la désertion du monde intérieur n'est pas loin. Cette coupure tue, affaiblit l'être, l'empêche de s'épanouir et il s'effrite, se brise en mille morceaux car il n'est pas relié à son noyau dur,la beauté de son âme, sa part divine et lumineuse.

    "Amour: folie aimable. Ambition: sottise sérieuse. "Chamfort-Maximes et pensées.

    L'amour est folie, car il ne s'explique pas. Il vit dans le cœur de celui qui aime comme une flamme. Ce lien qui sort des sentiers balisés par la raison nous permet de nous dépasser, nous fait parfois sortir de nos gonds. Mais avant tout, cet élan nous rend, aimables, dignes d'être aimés, affectueux, tendre, généreux et gorgés de désirs, tandis que l'ambition est une erreur bête. Elle est basée sur l'intérêt et la reconnaissance sociale. Alors que l'amour est noble, l'ambition est triviale.

    "On ne peut être poète sans quelque folie." Démocrite

    L'artiste est celui qui offre une vision personnelle du monde, qui le regarde avec son intériorité en donnant à ce monde existant en lui, une dimension universelle. Il est celui qui invente: un démiurge humain. Mais il ne peut exister qu'en aimant explorer l'inconnu, en sortant du sillon comme le rappelle le sens étymologique de "délire" (delirium="sortir du sillon"). La folie ne serait-elle pas une épreuve initiatique comme le suggère Rimbaud dans son "Alchimie du verbe", tiré d' Une saison en enfer: "A moi, l'histoire d'une de mes folies. (...) J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges." La folie ne serait-elle pas cette longue descente aux enfers dont on revient plus fort si on la traverse?

    "Le génie est un flot baigné par la folie." Emile Augier -Maitre de Guérin

    Cette même idée de "folie et génie" est reprise ici. Le génie est animé d'une force qui le dépasse et qu'il ne peut s'expliquer (serait-ce une force divine?), même si elle est bien présente, comme le fou qui explore des mondes parallèles que la raison est incapable de traduire avec justesse. Le fou explore le monde des angoisses, du néant, du vide, de tout ce que les gens ont peur d'approcher tout comme le génie qui va là où personne n'osa se rendre et qui en sort une lumière pour l'humanité. Comme le disait Victor Hugo, le poète visionnaire mène à Dieu "rois et pasteurs".

    "Plus l'amour est parfait: plus la folie est grande et le bonheur sensible." Erasme-Eloge de la Folie

    L'amour se situe bien davantage du côté de la folie que de la raison. On parle même de douce folie pour désigner cette étincelle du coeur: l'imagination bat son plein, les fantasmes se multiplient, l'être humain se sent animé par une ardeur inexplicable, il n'est plus dans un état normal, mais dans un état second,  d'excitation, presque drogué par cette montée d'adrénaline. Cet élan du coeur fait du bien, il donne un sens à notre vie et nous rend heureux. Mais dès qu'on décortique par la raison ce sentiment inexplicable, qu'on cherche à le posséder par un raisonnement, l'amour aussi léger que la plume d'un oiseau disparait. Le raisonnement tue l'amour et l'assèche.

     

     

     

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  •                                                                   

    "Ainsi le véritable sage discernera les caractères et comment chacun doit être traité, comment les penchants dépravés se rectifient." Sénèque De la clémence

    Citation en contexte

    Le sage fera remise de beaucoup ; il sauvera bien des âmes malades, mais qui ne seront pas incurables. Il imitera l'habile agriculteur, qui ne soigne pas seulement les arbres droits et de belle venue, mais qui adapte à ceux dont une cause quelconque faussait la croissance des appuis qui les redressent ; il ébranche le pourtour de celui-ci que des rameaux trop touffus empêcheraient de s'élancer ; il fume le pied de celui-là qui dépérissait par défaut du sol ; il donne de l'air à cet autre qu'étouffait l'ombre de ses voisins. Ainsi le véritable sage discernera les caractères et comment chacun doit être traité, comment les penchants dépravés se rectifient...

    Commentaire

    Dans ce très beau texte, Sénèque fait l'éloge de la clémence chez les gouvernants. Il montre que l'indulgence et la douceur conduisent au bonheur et à la paix, contrairement à la vengeance et à la haine qui ne font que détruire l'humanité.

    Le sage, en éducateur éclairé, sait diriger le monde et conseiller les politiques pour qu'ils prennent la meilleure voie. C'est un maître dans de nombreux domaines. Il est polyvalent et juste. Il trouve sa sagesse dans son discernement.

    L'homme sage est comme le jardinier ou "l'habile agriculteur" qui fait vivre et respirer ses plantes en leur donnant de l'attention et en leur permettant de grandir le plus sereinement possible pour atteindre leur plein potentiel. Il est capable de séparer le bon grain de l'ivraie. Il sait mettre en valeur les plantes qui pousseront avec vigueur en les distinguant des mauvaises herbes qui étouffent l'être. Il fait respirer la plante pour mieux la faire vivre:"il donne de l'air à cet autre qu'étouffait l'ombre de ses voisins", "il ébranche". Il nourrit: "il fume le pied de celui-là qui dépérissait par défaut du sol."

    Ainsi, le médecin devrait avoir un brin de sagesse, car comme le dit Sénèque: le sage "sauvera bien des âmes malades". La maladie vient d'un manque de soin, d'aide, de tutorat, d'un problème d'éducation parfois. Un être vivant doit être correctement guidé pour grandir dans les meilleures conditions. Il a besoin d'une présence adulte compétente.

    Kraepelin, pour définir la schizophrénie, parlait d'un "orchestre sans chef" et Eugène Minkowski insiste sur le fait que la personne atteinte de cette maladie a du mal à diriger ses pensées. Elle n'est pas correctement guidée, elle ne parvient pas à s'autodiriger, elle semble perdue.

    La sagesse permet justement de remédier à ce manque, c'est du moins ce qu'explique Sénèque.

    Lien vers De la clémence de Sénèque (pour lire le texte en entier)

    http://www.mediterranees.net/litterature/seneque/clemence.html

    "[Le sage] sauvera bien des âmes malades, mais qui ne seront pas incurables."

    Sénèque-De la clémence

    "Mort de Socrate" (b) Eric Satie

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